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Hosoe Eikoh

Quand la photographie va à la rencontre du Bouddhisme

Entoku-in, Kyotographie Photo Festival
Kyoto, Japon
13 avril – 6 mai 2013
Commissaire d’exposition

DM(HE)

QUAND LA PHOTOGRAPHIE VA À LA RENCONTRE DU BOUDDHISME

Le festival Kyotographie est très honoré d’inaugurer sa première édition en organisant, en avant-première, l’exposition du célèbre photographe Japonais, Hosoe Eikoh, au Temple Entokuin, qui annoncera le ton, original et raffiné, du reste de la programmation. A tout juste 80 ans, Hosoe Eikoh reste l’un des derniers témoins majeurs encore très actif de sa génération de photographes Nippons ayant débuté à l’après-guerre. Nous avons choisi de présenter une sélection de ses photographies, la plupart en noir et blanc, quelques autres en couleurs, tirées de ses séries les plus emblématiques – Kamaitachi, Ordeal by Roses, Man and Woman – associées à une autre de ses séries plus inédites – Kusama – mais également, à une sélection exhaustive de ses livres photographiques qui retrace l’ensemble de sa carrière, depuis ses débuts jusqu’à aujourd’hui. Grâce à une scénographie raffinée et créative, nous souhaitons apporter un regard audacieux sur une œuvre photographique forte présentée de manière expérimentale et pour la première fois, dans un lieu aussi inattendu qu’un temple Bouddhique à Kyoto.

BIOGRAPHIE

Né en mars 1933 à Yonezawa, dans la province de Yamagata, Eikoh Hosoe est sorti diplômé du Collège de photographie de Tokyo en 1954 pour devenir photographe freelance, et émerger au sein du mouvement artistique expérimental japonais post-Deuxième Guerre mondiale. Il est considéré comme l’une des figures majeures de photographie moderne japonaise et internationale.
Il est connu pour ses images psychologiquement chargées, explorant souvent des sujets tels que la mort, l’obsession érotique, et la folie. Pionnier d’une forme de photographie expressionniste et très grainée, il décrit avec ses clichés en noir et blanc, très contrastés et crus, un monde intérieur de rêveries surréalistes à la fois sensuelles et dérangeantes.

Au fil de ses amitiés et de ses collaborations artistiques, il s’est lié d’amitié avec l’écrivain Yukio Mishima, a créé la célèbre série “Ordeal by Roses” (Bara-kei, 1961–1962) et avec des artistes d’avant-garde des années 60 tels que les danseurs de Butō Ohno Kazuo et Tatsumi Hijikata, a réalisé l’autre série fameuse “Kamaitachi” en 1968.

KIMONO_2_1963
BARAKEI_29_1962
KAMAITACHI_37
Man_Woman_33
Man_Woman_19
Man_Woman_20
KAMAITACHI_17
KAMAITACHI_8
Man_Woman_25
32_1961

Ukiyo-e Projections,
Hosoe Eikoh’s photographic Theater

Galerie Acte 2
Paris, France
23 septembre – 5 novembre 2004
Commissaire d’exposition

QUAND LE MONDE FLOTTANT DE EIKOH HOSOE S’EXPOSE À PARIS

À travers ses célèbres séries de photographies en noir et blanc, depuis les portraits d’enfants américains de ses débuts, en passant par ses nus sensuels dans Man and Woman et dans Embrace, ou les architectures de Barcelone dans The Cosmos of Gaudi, aux mises en scènes narcissiques de Mishima dans Ordeal by Roses ou incantatoires de Tatsumi Hijikata dans Kamaitachi et encore de Kazuo Ohno, c’est toujours l’essence des choses, suspendues dans le temps, que Eikoh Hosoe s’attache à mettre en scène de manière théâtrale et à capturer avec son boîtier photographique.

Fidèle au quartier de Yotsuya San-Chôme depuis plus de 40 ans, Eikoh Hosoe nous reçoit dans son atelier de Funamachi, situé dans l’un des derniers coins calmes et presque campagnards du cœur de la métropole Tokyoïte. Le voici dans son univers, entre ses murs remplis de livres et de photographies, entouré de ses œuvres et de celles de ses amis. Il se livre facilement, aimant raconter les multiples épisodes de sa vie foisonnante, vouée dès son plus jeune âge à la photographie.

Inspiré par la religion bouddhique et shintoïste, nourri des œuvres de ses contemporains américains, tels Ansel Adams, Bill Brandt ou Edward Weston et de ses rencontres marquantes avec divers grands artistes et créateurs de son temps, tel le fondateur du Butoh Tatsumi Hijikata ou l’écrivain Yukio Mishima, alors qu’il n’avait que trente ans, son art s’est transformé et épanoui depuis plus d’un demi-siècle, à l’image du maître dans sa quête imperturbable et sacrée du Beau. À la fois photographe, réalisateur de films documentaires ou expérimentaux, auteur de nombreux ouvrages, professeur, directeur du musée KMoPa dans la préfecture de Yamanashi et organisateur de multiples expositions, à plus de 70 ans, Eikoh Hosoe, l’un des mythes de la photographie japonaise contemporaine, est toujours d’une énergie et d’une créativité étonnante.

Malgré l’opinion japonaise générale, considérant encore la représentation du nu comme obscène et tabou, Eikoh Hosoe a toujours été fasciné par le corps, par la recherche visuelle sur le nu et par son architecture. Au-delà des simples considérations esthétiques et graphiques, il s’est posé la question de l’identité et du moi en décrivant la qualité sensuelle de la chair, en sondant les corps nus, en les magnifiant, en les faisant communier avec d’autres formes presque abstraites. « La présence magnétique et mystérieuse de Tatsumi Hijikata dans Kamaitachi m’a bouleversé. Et quand Yukio Mishima m’a proposé son corps en « objet à photographier » pour Barakei, se transformant d’homme de lettres en homme de chair, ce fut l’un des moments les plus forts de ma carrière », raconte-t-il.

Depuis sa rétrospective (1960-1980) au Musée d’art moderne de la ville de Paris en 1982, Eikoh Hosoe n’avait pu eu l’occasion de revenir exposer individuellement en France, outre sa participation répétée aux célèbres Rencontres Internationales de la photographique (RIP) d’Arles, où il fut invité encore cette année en tant que juge.

« Au XX ème siècle, le noir et blanc a dominé tout mon travail photographique. Mais au passage du XXI ème, j’ai senti la nécessité de faire des photos en couleurs, comme un signe de renouveau », explique Eikoh Hosoe.

Plus de vingt ans ont passé et les Français pourront découvrir cet automne sa nouvelle série inédite en couleurs intitulée « Ukiyo-e Projections, Eikoh Hosoe’s Photographic Theater » à la galerie Acte 2. Elle rend hommage à la danse, au Butoh, au corps, au mouvement, à l’Ukiyo-e (le monde flottant) et à l’érotisme. « À mes yeux, le Butoh est une forme d’Ukiyo-e moderne », déclare l’artiste.

Un jour, il apprit avec tristesse la future démolition du fameux atelier d’expression corporelle Asbetos qu’il voulut immortaliser. Ce lieu mythique de l’avant-garde Tokyoïte, créé par Tatsumi Hijikata et sa femme Akiko Motofuji, était également un lieu de rencontre et d’échanges prolifiques entre artistes dans les années 60-70. Investissant les lieux une dernière fois, Eikoh Hosoe choisit de mettre en scène plusieurs danseurs de Butoh sur lesquels il projeta des sujets classiques de l’Ukiyo-e et des Shunga par les maîtres Harunobu, Utamaro, Hokusai, tapissant les corps quasiment nus entièrement peints de blanc, tels des tatouages grandeur nature. Les images de corps provenant des estampes se mélangent alors sensuellement et inextricablement aux vrais corps nus des modèles, en une nébuleuse esthétique qui prend une quatrième dimension. « Toutes nos séances de travail ont été des moments d’une grande intensité créatrice, inspirée par Tatsumi Hijikata, dont l’esprit planait encore sur les lieux », raconte avec émotion le photographe.

Finalement, pour Eikoh Hosoe, la photographie c’est l’art de la rencontre subjective entre le photographe et son modèle ; c’est un procédé pour capturer le présent et témoigner du passé ; c’est l’un des meilleurs moyens pour s’exprimer librement ; c’est à la fois un miroir et une fenêtre sur le monde.

Ukiyoe Projections #4-4-7
Ukiyoe Projections #2-36
Ukiyo-e Projections 1-9, 2002
Ukiyo-e Projections #4-14
Ukiyo-e Projections 4-5, 2003
Ukiyo-e Projections #3-16

Asbestos-kan

Tokyo, Japon
1er mars – 3 mars 2003

Collaboration à la série Ukiyo-e Projections en tant que modèle parmi divers danseurs de butoh 

Lorsque Hosoe Eikoh a appris la nouvelle que le studio de danse Asbestos, fondé par Tatsumi Hijikata et son épouse Akiko Motofuji, devait fermer en avril 2003 après 40 ans d’activités, il a ressenti le besoin de rendre hommage aux réalisations de ce studio expérimental. Avec l’aide de la veuve de Hijikata, il a organisé une série de performances en 2002 et 2003, dans lesquelles les danseurs ont été invités à coordonner leurs mouvements en fonction des images de son propre travail, ainsi que des peintures japonaises du XIXe siècle et des gravures sur bois projetées sur leurs corps nus et peints en blanc.

Le résultat de ce « théâtre photographique » était stupéfiant : un mystérieux espace en quatre dimensions transcendant l’espace et le temps ordinaires a été créé alors que les images en deux dimensions étaient projetées sur des corps en trois dimensions. L’idée d’utiliser des shunga – les gravures érotiques sur bois d’artistes renommés de l’ukiyo-e tels que Utamaro, Hokusai et d’autres – découle de la conviction de Hosoe que le style de danse archaïque et extatique de Hijikata avait ses racines dans ce genre d’art particulier de la période Edo (1603− 1868).

Explorant de nombreux thèmes qui reviennent dans le travail de Hosoe – la sexualité, la forme humaine, le mouvement et le passage du temps – cette série incarne son approche unique en synthétisant la photographie avec diverses formes d’arts visuels et de performance.

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HOSOE2003a

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