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Jean-Pierre Obriot

Lauksang

Phnom Penh et Siem Reap, Cambodge, 2003

Biographie

L’artiste français Jean-Pierre Obriot est né à Bordeaux le 1er février 1960

Avec des racines coloniales du côté maternel – qui lui donneront plus tard l’envie du dépaysement – et des origines artistiques du côté paternel, très vite, il est attiré par l’art, par la création et par une certaine forme d’exotisme.

Dès l’âge de seize ans, il aime visiter les ateliers de restaurateurs, les salles de ventes aux enchères et les salons d’antiquaires, dont il gardera toujours le goût de la chine et la connaissance des styles artistiques.

Mais à dix-sept ans, il décide de mettre un terme à sa scolarité pour se lancer dans la vie active et parallèlement, il peint ses premières œuvres. Cette série d’aquarelles aux lignes horizontales fortes, sur le thème de la mer, du ciel et du sable, réalisée de manière obsessionnelle et répétitive, semble annoncer son envie d’évasion hors de sa vie provinciale.

Autodidacte, avide de découverte des cultures étrangères et de la rencontre des autres, entre 18 à 35 ans, il accumule les voyages à l’étranger et la visite des musées : Paris, Londres, la Toscane, Barcelone, Madrid, New York, le Maroc, le Sénégal et l’Ile Maurice ; La Biennale de Venise, les expositions d’art contemporain, le monde des galeries, la découverte des œuvres de Roy Lichenstein, Picasso et Matisse. Chaque fois, ce sera des rencontres marquantes et des déclencheurs personnels incontournables.

À peine âgée de 25 ans, après avoir chiné et stocké pendant presque deux ans, il s’installe à Bordeaux comme antiquaire et ouvre sa première boutique. « 1930-1950 », qui comme son nom l’indique, est spécialisée dans l’art Déco moderne, sobre et masculin. Mobiliers et objets « coloniaux » côtoient de la céramique des années 50 et d’autres grandes toiles signées ou anonymes de style toujours moderne et décoratif.

À la même époque, lors de salons d’antiquaires à Paris ou en province, certains clients et collectionneurs remarquent l’installation originale de ses stands et lui permettent de faire ses débuts en tant que décorateur en lui confiant l’aménagement de leur intérieur.

Après neuf ans de succès, l’envie de repartir le hantant toujours, il décide de donner un nouveau tournant à sa vie. En 1997, il fait la découverte de l’Asie par un premier séjour au Cambodge. C’est le coup de foudre, le dépaysement total ! D’emblée, la discrétion et l’amabilité des Cambodgiens, les couleurs des pagodes et la présence incontournable des bonzes vêtus de leur toge orange le séduisent.

Puis les choses se mettent vite en place. Il vient s’installer à Phnom Penh en avril 1998 et dans la foulée, il ouvre son fameux magasin « Bazar », situé sur le boulevard Sihanouk, non loin du monument de l’Indépendance. Cette boutique d’Antiquité et de décoration aux styles asiatiques et colonialistes, associée à ses créations de lampes en métal et en soie, lui apporte un succès immédiat.

Ces dernières années, ses travaux de décoration de prestige se succèdent : Résidence de l’Ambassade d’Australie à Phnom Penh, Résidence de l’Ambassadrice à Canberra en Australie, Résidence de l’Ambassade de Singapour à Phnom Penh, trois boutiques d’hôtels à Phnom Penh (Sunway, Phnom Penh Hotel), deux à Siem Reap et d’autres maisons particulières.

Pour la première fois, Jean-Pierre Obriot a choisi d’organiser son exposition personnelle afin de présenter « Lauksang », cette série d’œuvres sur le thème des bonzes, qui est le fruit de son inspiration, de sa vie et de son travail au Cambodge depuis plus de sept ans.

« Lauksang » signifie bonze en Khmer. Depuis son arrivée à Phnom Penh en 1997, Jean-Pierre Obriot est fasciné par ses personnages.

Vêtus d’une toge à l’orange intense posée en dégradé sur leur peau couleur caramel, les « Lauksang » déambulent avec grâce et légèreté dans les rues de la capitale cambodgienne, à la fois attentifs et indifférents au regard des autres. Symboles humains du Bouddhisme Theravada, propre à la culture khmère, ils peuplent la ville tout en affichant leur spiritualité avec un mélange de fierté et d’humilité. La tradition cambodgienne voudrait que tout homme se fasse bonze une fois dans sa vie, même provisoirement.

Les œuvres de Jean-Pierre Obriot déclinées en variations sur ce sujet ne sont pas à prendre comme une vénération religieuse mais plutôt comme une admiration de leur être. Par une vision rapprochée, tel un effet de zoom photographique, l’artiste a voulu nous apporter un angle nouveau sur ces silhouettes debout ou en prière, présentées toujours de dos ou de profil, la tête cachée par leur indispensable parapluie-ombrelle qui ne laisse entrevoir que la courbe de leur nuque et de leurs épaules.

À première vue, seul un mélange abstrait de lignes courbes essentielles apparaît, qui ne nous permet pas toujours de comprendre la figuration du sujet. Bien souvent, le paysage en perspective et la silhouette des bonzes au premier plan s’imbriquent l’un dans l’autre. Les différents plans se mélangent, se fondent et se confondent en un seul plan unitaire révélant leur signification propre.

Cette vision épurée est accentuée par une touche en aplats visibles, par le choix d’une palette restreinte aux couleurs récurrentes : l’orange, le bleu, le marron, le noir et le blanc, tandis que toutes les formes sont accentuées par un cerne noir qui les encadre. Elles reviennent en leitmotiv et désignent le vocabulaire de l’artiste qui oscille entre jeux graphiques figuratifs et abstraits. La chaleur et la force toniques de l’orange prédominant symbolise le détachement des biens matériels et l’appartenance spirituelle.

La présence de ces bonzes évoque surtout la conscience humaine. C’est la notion d’individualité qui prévaut dans son rapport à soi et au temps. Ces silhouettes se dégagent sur l’horizon, traversées par la ligne d’un fleuve qui s’écoule à travers leur buste, telle la marque du temps qui défile entre passé et futur et les croise dans le moment présent. C’est aussi l’expression de la force de la conscience de soi-même qui se retrouve confronté à l’aspect momentané et fugitif de son existence face à la pérennité du temps. Une atmosphère d’acceptation, d’équilibre et de sérénité prédomine sur l’ensemble.

À travers peintures, collages de photographies et sculptures, on réalise combien les œuvres de Jean-Pierre Obriot sur les « Lauksang » et leur monde de méditation et de silence ne sont pas simplement des jeux formels et chromatiques. Elles participent à nous rappeler que ces hommes particuliers font partie de ces rares et derniers électrons libres de l’Humanité.

 

Christine Cibert
No 5 (50cmx50cm)
No 6 (50cmx50cm)
No 7 (50cmx50cm)
No 10 (50cmx50cm)
No 15 (50cmx50cm)
No 20 (60cmx97cm)
No 31 (40cmx100cm)
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